Les lombalgies

Chaque salarié peut un jour être confronté à des douleurs dans le bas du dos, liées ou non au travail. Il s'agit en général d'une lombalgie commune dite aiguë, qui ne dure pas. Cependant, elle peut réapparaître ou durer, voire devenir chronique. Elle risque alors d'aboutir à une inaptitude dommageable au salarié et à son entreprise. Il est possible de réduire le risque de chronicité en améliorant les conditions de travail pour permettre au lombalgique de ne pas quitter son travail ou de le reprendre rapidement.


  Connaître les lombalgies
  Anatomie du dos
Pathologie
Facteurs de risque

Prévenir les lombalgies
  Analyser la situation de travail
Prévenir les risques liés à l'activité physique et à la manutention
Prévenir les atteintes liées aux vibrations
Prévenir les risques de chutes
Prévenir les risques psychosociaux et organisationnels

Prise en charge
  Soin
Adaptation du travail

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Références bibliographiques
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Normes
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Connaître les lombalgies

Les lombalgies communes, dont il est question dans ce dossier, sont des douleurs dans le bas du dos plus ou moins récidivantes, dont on connaît mal l’origine. Dans le langage courant on parle selon les cas de "maux de dos", de "tour de rein", de lumbago, de sciatique… C’est une affection très courante et souvent en partie liée à l’activité professionnelle. Ainsi, chaque année, plus de 100 000 lombalgies sont déclarées comme accidents du travail et 2 500 comme maladies professionnelles.


  Anatomie du dos

La colonne vertébrale, ou rachis, est constituée d’un empilement de 33 vertèbres dont 24 sont séparées par des disques qui servent d’amortisseurs et de joints souples. Les muscles et les ligaments maintiennent la colonne érigée. Les courbures naturelles du dos sont aussi des facteurs de stabilité.

Les vertèbres sont des os particuliers formés à l’avant d’un corps cylindrique, et à l’arrière de 2 pédicules et 3 apophyses constituant le trou vertébral et les supports de fixation des muscles.

Les disques intervertébraux sont constitués en périphérie d’un anneau fibreux dense (l’annulus fibrosus), entourant un noyau central gélatineux appelé nucleus pulposus (ou noyau pulpeux). Si les cellules des disques sont lésées, elles cicatrisent difficilement.
La colonne vertébrale
C : vertèbres cervicales
T : vertèbres dorsales (ou thoraciques)
L : vertèbres lombaires
S : vertèbres sacrées
V : vertèbre
D : disque intervertébral
 
 
La colonne vertébrale est soutenue et mobilisée par un grand nombre de muscles, leurs tendons et des ligaments. Les muscles en sont le constituant le plus important et le plus souvent à l’origine des douleurs. Les uns sont larges et puissants et d’autres, plus nombreux, frêles et courts. Les premiers vont permettre au tronc d’être très fort et les seconds sont prioritairement destinés au contrôle des mouvements et des postures du tronc. Le rôle de ces muscles est fondamental pour bouger et positionner l’ensemble du corps.

Cet ensemble d’os, de disques, de muscles, de tendons et de ligaments a 3 fonctions :
  protection de la moelle épinière sur son trajet entre le cerveau et les vertèbres lombaires,
solidité et maintien de la position verticale et/ou d’une posture fixe pour développer des forces importantes ou pour bloquer une posture afin de permettre aux membres supérieurs des mouvements très précis,
souplesse pour bouger, se situer dans l’espace tout en réalisant des mouvements rapides et précis.
 
Schématisation d’une portion de colonne lombaire, avec quelques muscles (en rouge) et la moelle (en jaune)
La colonne vertébrale protège la moelle épinière, qui passe dans le canal rachidien. De là partent entre chaque vertèbre, vers la droite et vers la gauche, les "racines" des nerfs.
Ceux-ci sont chargés de transmettre des informations provenant des organes sensoriels à destination du cerveau (nerfs sensitifs), et également de "donner des ordres" en provenance du cerveau aux différentes parties du corps (nerfs moteurs).


  Pathologie

La lombalgie est un symptôme défini par des douleurs siégeant au niveau du bas du dos. Dans plus de 90 % des cas, l’origine n’est pas identifiée (lombalgie commune) : il n’y a aucune anomalie ni sur les radiographies ni aux examens biologiques qui explique les douleurs. S’il y a une anomalie, elle est sans relation avec la pathologie. La multiplicité des symptômes fait qu’il est difficile de parler de "la lombalgie", le pluriel est plus juste. En effet, les lombalgies c’est : raideur au réveil, lourdeur, douleurs diffuses, douleurs franches et précises, lumbago, impression d’instabilité… Ces formes multiples ne sont toutefois pas représentatives de la gravité de la lésion à l’origine de la douleur.

Selon sa durée, une lombalgie est aiguë, subaiguë ou chronique. Elle est aiguë si elle dure moins de 6 semaines, elle est subaiguë entre 6 semaines et 3 mois et chronique si elle dure plus de 3 mois.
NB : Il ne sera question, dans ce dossier, que des lombalgies communes.

  La lombalgie aiguë
La lombalgie aiguë est une affection bénigne : 90 à 95 % des cas guérissent en quelques jours et plus de 90 % des patients en arrêt de travail à cause d’un lumbago ont repris le travail dans le mois. Toutefois, la tendance à la récidive dans l’année concerne environ un tiers des patients.
Il est essentiel à ce stade de faire un tri entre 3 types de pathologies : lombalgies communes (85 à 90 %), lombalgies avec compression radiculaire (5 à 15 %) et lombalgies avec pathologie sous-jacente (1 à 5 %). Dans ce dernier cas, la cause doit être recherchée. En effet, celle-ci peut indiquer une pathologie bien définie (cause traumatique, infectieuse, inflammatoire, tumorale, mécanique…) à laquelle il faut un suivi et un traitement particuliers. Ces conditions sont définies par les "drapeaux rouges".

Les "drapeaux rouges" :
indicateurs d’une éventuelle gravité de la lombalgie
âge (moins de 20 ans ou premier épisode après 55 ans)
traumatisme important
syndrome infectieux, fièvre, frissons
traitements corticoïdes prolongés
baisse de l’état général
histoire ou suspicion de cancer, VIH-sida, autre pathologie profonde
douleur qui augmente progressivement, non mécanique
douleur augmentée en position couchée sur le dos et mal localisée (dos et thorax)
signes de compression nerveuse (sciatique, paralysie sphinctérienne…)

Ce dernier drapeau rappelle que la lombalgie aiguë peut être causée par la compression d’une racine nerveuse et déclencher une douleur et/ou une paralysie dans le territoire innervé :
  sur le trajet du nerf crural (à l’avant et en haut de la cuisse), on parle de cruralgie,
sur le trajet du nerf sciatique (arrière de la jambe, du mollet jusqu’au pied), on parle de sciatique. Les sciatiques qui irradient en dessous du genou sont plus graves car elles marquent une vraie souffrance d’une racine nerveuse alors que les irradiations cantonnées au-dessus du genou marquent l’irritation d’une racine.

Lorsque l’absence de ces "drapeaux rouges" est confirmée, on parle de lombalgie commune. Il s’agit alors de remettre le lombalgique en confiance pour l’amener à bouger. Aucun examen complémentaire n’est utile, ils doivent être évités. Les radios, par exemple, risquent de donner une explication inquiétante (tassement discal, scoliose) à une réaction physiologique normale en période de crise douloureuse aiguë.

La lombalgie subaiguë
La lombalgie subaiguë dure entre 6 et 12 semaines. Ce stade de la lombalgie fait l’objet d’une grande attention car, pour de nombreux auteurs, c’est là que le lombalgique bascule ou non vers la chronicité. Risque qui est évalué par des "drapeaux jaunes" indicateurs psychosociaux de la difficulté du retour à une activité. Les drapeaux jaunes peuvent être recherchés dès la phase aiguë, il est indispensable de le faire au début de la phase subaiguë.

Les "drapeaux jaunes" :
indicateurs de risque accentué de passage à la chronicité
Les "drapeaux jaunes" comportent des facteurs psychologiques et comportementaux, professionnels et cliniques.

a) psychologiques et comportementaux :
  état dépressif, anxiété, stress, tendance à s’isoler, absence de soutien familial…
fausses croyances concernant le mal de dos (grave, forcément handicapant…), le repos (bénéfique), l’activité physique (dangereuse) dont découle la peur de bouger (kinésiophobie), la peur de se faire mal, des attentes excessives concernant les traitements, une attitude passive d’entrée dans la maladie.

b) professionnels :
  insatisfaction au travail,
tâches physiques lourdes,
pas de possibilité de modifier le travail,
faible soutien social dans l’environnement de travail, stress au travail, difficultés au travail,
manque de confiance dans ses propres capacités à revenir au travail,
conflits pour l’indemnisation d’une pathologie vécue comme professionnelle (employeur, médecins, sécurité sociale…)

c) cliniques :
des antécédents de lombalgie, l’intensité de la douleur, un impact fonctionnel important de la douleur, longue période d’absence pour maladie (lombalgie ou autre), irradiation radiculaire de la douleur.

La lombalgie chronique
La lombalgie chronique se définit par la persistance de douleurs lombaires au-delà de 3 mois. Elle est rare : moins de 5 % des personnes touchées continuent à souffrir 3 mois après le début d’une lombalgie aiguë. C’est la forme la plus grave de la lombalgie commune, du fait de ses conséquences sur la santé générale et de son retentissement social, professionnel et économique.

Très souvent, les caractéristiques de la douleur changent et la lombalgie chronique est plutôt considérée comme un syndrome douloureux chronique qui complique son traitement. C’est l’une des raisons majeures qui pousse à agir efficacement au stade subaigu ou mieux au stade de lombalgie aiguë pour ne pas voir la pathologie évoluer vers la chronicité.

  Données statistiques
Les lombalgies sont courantes. La plupart des personnes sont un jour confrontées à un "problème de dos", mais celui-ci peut être de courte durée et/ou ne pas se reproduire.
Une enquête de 2005 sur les problèmes de santé au travail dans les 15 pays de l’Union européenne, montre que 25 % des salariés se plaignent de maux de dos. On estime que 60 à 90 % des personnes souffriront de lombalgies à un moment ou l’autre de leur carrière.
Selon une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) de 1995 :
  - 70 % des personnes en âge de travailler ont été victimes au moins une fois d’un épisode de lombalgie,
- le tiers d’entre elles a dû arrêter (au moins temporairement) son travail pour ce motif,
- 47 % des adultes ont présenté des "douleurs du dos" dans les 4 semaines précédant l’enquête.

Les lombalgies représentent la première cause d’invalidité au travail chez les moins de 45 ans. Leur fréquence augmente avec l’âge, jusqu’à un pic situé vers 45-50 ans. Au-delà, la fréquence tend à se stabiliser, voire à diminuer.

  - Accidents du travail (AT)
Les données relatives aux 18 millions de salariés du régime général de la Sécurité sociale sur 26 millions d’actifs montrent que les lombalgies sont à l’origine d’environ un quart des accidents de travail avec arrêt. La durée moyenne de ces arrêts de travail est en croissance constante ces dernières années et a atteint 55 jours en moyenne en 2005.

Durée moyenne des arrêts de travail pour « lumbago » par rapport à l’ensemble des accidents du travail

- Maladies professionnelles (MP)
Deux symptômes lombaires, différenciés par les causes déclenchantes (les vibrations ou la manutention manuelle de charges lourdes) et le niveau de l’atteinte, peuvent être reconnus au titre de maladie professionnelle.

Reconnaissance des lombalgies
Elles font l’objet, depuis 1999, de 4 tableaux de maladies professionnelles : les tableaux n° 97 et n° 98 du régime général, et n° 57 et n° 57 bis du régime agricole. Elles font partie des maladies professionnelles reconnues les plus courantes.
Les tableaux n° 97 et 57 concernent les affections provoquées par des vibrations de basses et moyennes fréquences transmises au corps entier. Les tableaux n° 98 et 57 bis traitent des affections provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes.
Ces tableaux précisent une liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies. L’exposition au risque doit avoir duré au moins 5 ans. La maladie professionnelle doit être constatée dans les 6 mois qui suivent la fin de l’exposition au risque (c’est le délai de prise en charge) et être déclarée dans les 2 ans (c’est le délai de prescription).

Pour en savoir plus sur les maladies professionnelles et leur reconnaissance, consultez-le dossier correspondant.

Lombalgies reconnues comme maladies professionnelles
Régime général (en 2007)
Régime agricole (en 2006)
Tableau n° 97 : 392 (1 % des MP) Tableau 57 : 297 (3,3 % des MP)
Tableau n° 98 : 2 406 (5,5 % des MP) Tableau 57 bis : 195 (3,9 % des MP)


  Facteurs de risque

Les lombalgies ont généralement une origine multifactorielle. Les facteurs professionnels sont d’une importance majeure, mais on peut aussi y ajouter les prédispositions personnelles, les risques pris lors des activités domestiques et de loisirs.
La prévalence de la lombalgie dans la population générale montre qu’un grand nombre de métiers sont concernés et que les facteurs de risque sont présents, à des degrés divers, dans la majorité des situations de travail.
L’activité professionnelle est un déterminant important du handicap lié à la lombalgie. Un routier qui se déplace à l’étranger ne verra pas sa lombalgie comme un sédentaire qui a un travail léger et un accès au soin immédiat. Le premier s’arrêtera volontiers alors que le deuxième n’y songera même pas.

Principaux facteurs de risques de lombalgie aiguë ou chronique
Lombalgies aiguës
Lombalgies chroniques
manutentions manuelles
chute
exposition aux vibrations
postures pénibles sous contrainte
travail physique dur
traumatisme
antécédents de lombalgie
corpulence (obésité ou maigreur)
anomalies anatomiques graves
grossesse
mauvaises conditions de travail
insatisfaction au travail
travail dur
stress
contraintes psychosociales
pas d’esprit de prévention dans l’entreprise
durée de l’arrêt (trop long)
gravité de l’atteinte
douleur jugée importante
mauvaise prise en charge
gêne fonctionnelle
inactivité, tabac

Souvent oubliées comme facteurs de risque, les chutes sont à l’origine de près d’un quart des lombalgies reconnues comme accidents du travail. Il s’agit du traumatisme direct ou d’un effort de rattrapage violent qui entraîne un "stress" mécanique excessif parce que brutal ou important.

  Risques liés à l’activité physique et à la manutention manuelle
Chaque poste de travail comporte une part d’activité physique. Cette activité physique est souhaitable, car l’immobilité est un facteur de risque de pathologies articulaires, musculaires et cardiovasculaires. Cependant, pour certaines professions, cette activité physique est excessive, déséquilibrée… Elle peut directement provoquer des lésions de l’appareil locomoteur (dos, membres) ou aggraver les conséquences de ces lésions.
Une posture prolongée est difficilement supportable pour un lombalgique bien qu’elle soit rarement seule en cause dans l’origine d’une lombalgie.
La manutention manuelle, et en particulier le port de charges lourdes, est connue comme un facteur favorisant la lombalgie. Si ces efforts sont faits dans de mauvaises conditions, le risque est alors encore plus important.
Le travail physique dur est défini dans la réglementation comme étant celui qui entraîne une augmentation de la fréquence cardiaque de 30 battements par minute (par rapport au repos).
Le travail physique dur est un facteur important de lombalgie et de handicap au travail.

Vibrations
L’exposition aux vibrations est inhérente à l’exercice de nombreuses professions où le travailleur utilise des engins mobiles (engin de chantier, chariot de manutention…) ou du matériel vibrant. Lorsqu’un travailleur est assis sur un siège vibrant, les vibrations sont transmises à l’ensemble du corps par le biais de la colonne vertébrale. Le risque de lésion dépend de l’intensité et de la fréquence des vibrations, de la durée de l’exposition et de la partie du corps qui reçoit l’énergie des vibrations. Les vibrations dangereuses sont dans la gamme de fréquences de 2 à 10 Hz (fréquence habituelle des engins roulants).
Exemple : un routier qui va de Paris à Marseille subit environ 100 000 cycles de compression-étirement de ses disques intervertébraux et des structures qui les soutiennent (tendons, ligaments, muscles).

L’association exposition de l’ensemble du corps à des vibrations au long cours et ports de charges fréquents majore le risque de lombalgie. Cette association a été retrouvée dans plusieurs études épidémiologiques portant sur des conducteurs d’engins, des caristes, des chauffeurs-livreurs…

Pour en savoir plus, consultez le dossier sur les vibrations et le mal de dos.

Risques psychosociaux et organisationnels
La relation entre stress et pathologie lombaire est connue depuis la fin du XIXe siècle avec les lombalgies des voyageurs des trains anglais, effrayés par les risques de ces voyages (railway spine).
Les contraintes psychosociales au travail (« on me demande trop », « on ne m’aide pas », « on m’impose tout », « on ne me récompense pas ») sont susceptibles de favoriser des pathologies ostéo-articulaires et en particulier leur passage à la chronicité par :
  un effet direct sur l’intensité des contraintes mécaniques,
une augmentation de la tension des muscles, génératrice de fatigue musculaire,
la réduction de l’irrigation sanguine des ligaments et des tendons,
la diminution des capacités de défense anti-inflammatoires,
l’impossibilité de prendre des pauses pour récupérer.

Les données concernant les effets de la fatigue, de l’insatisfaction et des mauvaises relations au travail (peu d’entraide entre les collègues, faible soutien de la hiérarchie) sur la lombalgie sont controversées. Certaines études font apparaître une association entre les symptômes de stress au travail – nervosité, tension, troubles du sommeil, anxiété – et les problèmes de dos.

Principaux facteurs de risque psychosociaux de lombalgies
monotonie des tâches (répétitives, sans intérêt…),
forte demande psychologique (quantité de travail, contraintes de temps),
insatisfaction professionnelle,
faible autonomie décisionnelle (organisation du temps de travail, pauses…),
faible soutien social (relations avec les collègues et l’encadrement),
peu de reconnaissance (reçue en échange des efforts fournis).

Il est classiquement admis que les contraintes physiques sont plutôt des facteurs de risque de lombalgies aiguës alors que les contraintes psychosociales participent au passage à la chronicité des lombalgies.
 



Prévenir les lombalgies

Pour éviter que le salarié ne développe une lombalgie ou ne voie s’aggraver une pathologie lombaire déjà existante, l’entreprise doit réaliser un bilan de situation. Il faut relever les lombalgies (nombre, causes et conséquences), analyser leur contexte de survenue, identifier tous les facteurs de risque, puis élaborer une démarche de prévention qui associe une approche technique, organisationnelle et individuelle.


  Analyser la situation de travail

Pour prévenir les lombalgies et leurs conséquences professionnelles, il est essentiel de cerner les caractéristiques des tâches qui rendent le travailleur plus vulnérable, qui contribuent aux maux de dos ou dans lesquelles les lombalgiques sont handicapés. Il est démontré que lorsqu’on ne s’attarde qu’à un seul facteur de risque, on ne parvient pas à réduire véritablement la fréquence des lombalgies. Pour que l’adaptation du travail à l’homme soit la meilleure possible, il faut essayer de prendre en compte tous les facteurs du travail (économiques, physiologiques, biomécaniques, psychologiques, sociaux), qu’ils soient objectifs ou subjectifs. Le mode opératoire de chaque tâche s’inscrit dans un système qu’il faut percevoir dans son ensemble pour pouvoir proposer des solutions.
La participation active de tous les acteurs de l’entreprise à cette approche est essentielle pour assurer son efficacité.

L’INRS et les CRAM proposent une méthode générale d’analyse des manutentions manuelles (ED 776) qui a été déclinée pour différents secteurs d’activités (ED 862 pour les soignants et ED 917 pour les chantiers).


Prévenir les risques liés à l’activité physique et à la manutention manuelle

La prévention des accidents liés aux manutentions manuelles peut se décliner selon 4 grands axes définis dans la directive européenne n° 90/269/CEE transcrite en droit français (décret du 3 septembre 1992) :
  Eliminer ou réduire la contrainte par la mécanisation.
Aménager le poste de travail afin de permettre la réalisation des manutentions manuelles dans les meilleures conditions de posture et d’espace de travail.
Organiser le travail.
Former et informer les salariés.

S’il n’est pas possible d’éliminer entièrement les manutentions manuelles, il faut envisager le recours à des systèmes de manutention mécaniques ou motorisés. Les aides mécaniques permettent de réduire considérablement les risques de lombalgie en limitant l’effort physique que doivent déployer les travailleurs pour déplacer des objets lourds. Mais ces derniers doivent toutefois recevoir une bonne formation quant à l’utilisation des équipements (voir notre dossier CACES) et à l’intégration de ceux-ci dans leur méthode de travail.
Si les aides mécaniques ne peuvent éliminer complètement le travail de manutention effectué directement par le travailleur, il faut réduire l’intensité du travail manuel. Il y a plusieurs façons d’y parvenir :
  Réduire le poids des objets jusqu’à une limite acceptable.
Modifier l’aménagement des lieux de travail : lorsque l’on déplace un objet, le fait de réduire la distance de déplacement, horizontalement ou verticalement, permet de limiter l’intensité de l’effort.
Allouer plus de temps aux tâches de manutention répétitives : cela permet de réduire la fréquence des mouvements, de prévoir des périodes de repos et de laisser le temps de réfléchir avant d’agir.
Alterner les tâches lourdes avec des tâches plus légères ou n’utilisant pas les mêmes groupes musculaires pour prévenir le risque de fatigue accumulée.
Former à la prévention des risques liés à l’activité physique (PRAP) : Les formations d’animateurs-formateurs d’entreprise PRAP ont pour objectif de rendre ces professionnels capables d’animer la prévention des risques liés à l’activité physique dans leur entreprise. Pour en savoir plus, consultez le descriptif du dispositif de formation PRAP qui s’adresse aux entreprises des secteurs industrie, commerce, administratif et santé.
 
Outil de préhension pneumatique permettant la manipulation de portes et de fenêtres


Prévenir les atteintes liées aux vibrations

Pour protéger les travailleurs contre les effets des vibrations, il faut habituellement avoir recours à une combinaison de moyens de prévention technique :
  réduire les vibrations à la source en nivelant les surfaces de roulement, en choisissant l’engin adapté à la tâche et aux conditions des sols ;
diminuer la transmission des vibrations aux opérateurs : pneus plus souples, une suspension basse fréquence du châssis ou de la cabine, des sièges suspendus adaptés aux caractéristiques dynamiques des véhicules ;
optimiser la posture des opérateurs
de façon à diminuer la pression intradiscale au niveau lombaire en soutenant le dos correctement par un siège réglable (suspension adaptable au poids du conducteur, inclinaison du dossier, appui lombaire…), en facilitant la rotation du buste pour les opérateurs (dossier ne montant pas plus haut que les omoplates, assises tournantes, aides visuelles…) ;
organiser le travail ou modifier les techniques de production (adapter les vitesses, planifier les distances, réduire ou fractionner la durée d’exposition, organiser l’entretien des matériels…) : ce sont des moyens très efficaces pour réduire les vibrations de façon importante.

La directive européenne 2002/44/CE concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives à l’exposition des travailleurs aux risques dus aux vibrations a été publiée en 2002 et transposée en 2005. Cette directive définit pour les opérateurs exposés à des vibrations deux valeurs limites :
  une "valeur d’action" au-delà de laquelle il est demandé aux employeurs d’informer les opérateurs des risques et de mettre en œuvre un programme de mesures pour réduire les vibrations (évaluation régulière des niveaux vibratoires, surveillance médicale…) ;
une "valeur plafond" à ne pas dépasser.

Consultez notre dossier sur les vibrations et le mal de dos.


Prévenir les risques de chutes

La prévention des lombalgies passe par une bonne organisation du travail. Organiser, c’est éviter l’encombrement des zones de travail et des passages, qui peut rendre acrobatiques certains déplacements, en particulier lors de manutentions de charges, et constituer un obstacle à l’utilisation d’aides mécaniques.
La sensibilisation de l’ensemble des salariés est d’autant plus importante que le risque d’accident de plain-pied a tendance à être minimisé, banalisé ou mis sur le compte de la fatalité. Le rappel des consignes de sécurité est essentiel. Il est réalisé sous diverses formes, des affiches et des panneaux aux endroits stratégiques sont particulièrement efficaces. Des consignes générales pour limiter le risque d’accident de plain-pied peuvent être :
  Pas de précipitation !
Maintenir des voies de circulation dégagées, éclairées et matérialisées
Signaler les ruptures de rythme, pente, marches
Porter des chaussures adaptées
Recenser les accidents et les presqu’accidents de plain-pied
L’organisation doit allouer du temps pour ranger, nettoyer, se déplacer…

Pour en savoir plus, consultez la brochure INRS "Le guide de la circulation en entreprise" (réf. ED 975) et le dossier sur les accidents de plain-pied.


Prévenir les risques psychosociaux et organisationnels

La prévention par l’organisation du travail est en général la plus efficace, mais aussi la plus difficile à mettre en œuvre, car elle remet en cause des fonctionnements et des habitudes de l’entreprise. Des aménagements simples s’avèrent efficaces pour réduire les contraintes. Ils demandent souvent une meilleure information ainsi que des échanges et des communications mieux organisés. Une organisation optimale de tâches de manutention, même si elles sont simples, demande souvent une profonde remise en cause du fonctionnement de l’entreprise et des rôles des salariés. Elle peut de ce fait améliorer les relations sociales dans l’entreprise.
Travailler trop vite, dans l’urgence, et effectuer des gestes brusques sont des causes de fatigue, d’accident et de fragilisation des structures vertébrales. Il faut donc éliminer ou réduire autant que possible les à-coups de production et les contraintes de temps, qui empêchent d’appliquer les principes de manutention en sécurité.
Enfin, il faut aussi éviter les postures prolongées : il est essentiel de pouvoir bouger et de faire des pauses régulièrement.

Concernant la prévention du stress, consultez-le dossier correspondant.

Travaux de l'INRS dans la prévention des lombalgies
La prévention des lombalgies est, depuis plus de 40 ans, un axe historique des activités de formation (stages "gestes et postures") et d'information (film "lombalgie story") de l'Institut. Depuis 30 ans, dans le domaine de la recherche comme de la normalisation, l'INRS contribue à l'évolution de la prévention des risques liés aux vibrations du corps entier et aux manutentions manuelles. Dans le champ des vibrations, des recherches menées pour améliorer les sièges des véhicules, la suspension de cabines de conduite, les planchers antivibratiles ainsi que la mise au point de méthodes d'essais de sièges ont permis d'élaborer des normes internationales. Ces recherches sont réalisées en coopération avec les industriels. Des documents de sensibilisation et d'information généraux (ED 6018) et spécifiques à certaines professions ainsi que des méthodes d'analyse du risque (dossier web vibrations) ont été produits dans le cadre du décret "vibration".
Dans le champ des manutentions manuelles, des résultats de recherches sur les astreintes de la manutention (transporter, soulever, tirer/pousser) ont permis de participer à l'élaboration de normes européennes et internationales. Une norme française qui simplifie l'utilisation des normes européennes est en cours de rédaction. Ces données ont également été utilisées pour développer des méthodes générales (ED  776) et spécifiques (ED  862, ED  917) d'évaluation des risques de la manutention manuelle en collaboration avec les services prévention des CRAM.




Prise en charge

La prise en charge du lombalgique se fait à deux niveaux complémentaires : le soin et une démarche d’adaptation du travail et de son environnement.
Il faut tout d’abord convaincre le lombalgique que sa pathologie est bénigne, afin qu’il bouge dans sa vie sociale et professionnelle. L’objectif ne peut être de supprimer totalement les lombalgies mais de diminuer les récidives, de soigner plus vite et d’améliorer le vécu d’un épisode lombalgique. Le cas de la lombalgie est particulier car cette prise en charge intéresse les deux tiers de la population !


  Soin

Le premier contact du lombalgique avec son médecin traitant est très important. Après avoir écarté toute pathologie grave (« drapeaux rouges ») et avoir examiné attentivement le patient, le médecin s’attachera à expliquer que la douleur est, dans la plupart des cas, d’origine musculaire et donnera des conseils, et éventuellement un traitement médicamenteux, pour gérer la douleur. Parmi les conseils à donner, celui de maintenir une activité, même minime, est essentiel dès le premier contact avec le lombalgique, pour qu’il guérisse plus vite et surtout mieux.
Si repos il y a, il doit être le plus court possible. En effet, le repos ne permet pas une bonne cicatrisation des tissus mous (muscles, tendons, ligaments) qui sont les structures le plus souvent, sinon les seules, atteintes dans les lombalgies communes. Si le repos calme la douleur à très court terme, il peut rapidement induire un syndrome de désactivation, une perte de confiance dans ses capacités fonctionnelles et une peur de bouger.
La reprise rapide d’une activité physique adaptée, même modérée, est la meilleure garantie d’une guérison la plus complète possible. Le conseil de reprendre une activité devient crédible dès lors que le lombalgique reprend confiance.

Traitement des lombalgies
Il n’existe pas de traitement unique des lombalgies du fait de la diversité des formes et de leur origine.
Dans 90 % des cas, la guérison est spontanée en quelques jours. Il faut parfois traiter la douleur pour la réduire et aider à rester actif. Un traitement anti-inflammatoire et/ou décontracturant peut être associé aux antalgiques.
Dans de rares cas (hernie discale avec sciatique paralysante), la chirurgie s’impose.
Les thérapies physiques doivent être strictement adaptées à chaque patient en fonction d’un bilan clinique et fonctionnel.
Le port d’une ceinture lombaire soulage, mais il s’agit uniquement d’un outil thérapeutique.
 

Cercle vicieux de la douleur
Ces gaines se sont avérées inefficaces comme outil de prévention en dehors des épisodes les plus douloureux.

A ce stade, en dehors des drapeaux rouges, les examens complémentaires (radios…) sont inutiles.


Adaptation du travail

La reprise du travail participe au soin. Cependant, elle doit être adaptée. Plusieurs composantes du travail sont à prendre en compte : le travail physique, les postures, les vibrations et les contraintes mentales et psychologiques.
L’INRS propose un « cadre vert » qui définit un environnement permettant une reprise du travail pour les salariés lombalgiques. Le maintien de ce cadre vert respecte également les grandes lignes d’une prévention efficace des lombalgies.

  Le cadre vert
Le cadre vert propose les limites des contraintes présentant des risques pour l’appareil locomoteur en général et pour le dos en particulier. Une situation dans le cadre vert respecte toutes ces limites et autorise la mise en place de l’accueil, témoignage pour le salarié arrêté qu’il est attendu et que l’entreprise a besoin de lui. Parce que le travail est constructeur de confiance en soi et de reconnaissance, il constitue une aide pour la guérison complète du lombalgique.
Le cadre vert est un tout qu’il faut (essayer) de respecter mais qui ne donne pas de méthode pour y entrer. C’est du devoir de l’entreprise, c’est de sa compétence de construire la méthode en fonction de ses moyens et de son environnement économique, géographique… Elle doit, si nécessaire, se faire aider.

Le cadre vert
 
Objectifs
Manutention

Charge
Tonnage


Femmes : ≤ 5 kg - Hommes : ≤ 10 kg
≤ 5 t/j
Pousser – tirer

Poids déplacé
Force appliquée1


≤ 100 kg sur 4 roues
force initiale ≤ 10 dN
force de maintien ≤ 7 dN
Travail répétitif
≤ 40 gestes techniques2/min
Travail lourd
Coût cardiaque3 (CC)
Fréquence cardiaque (FC)
 
CC ≤ 30 bpm/h
FC max ≤ 0,85 x (220 – âge)
Posture
Zéro penché visible4
En cas de posture prolongée :
10 min de pause toutes les heures
Vibrations du corps entier
Accélération équivalente
Durée
 
≤ 0,5 m/s2
< 1 h/j
Chutes
Zéro obstacle
Zéro dénivelé
Zéro course
Informations sur les déplacements
Psychosocial
Accueil
Accompagnement, écoute
Cadence progressive
Vitesse de travail limitée
Choix des pauses
Organisation du travail
Entraide
Adaptabilité des tâches
1. Force initiale : force qui démarre le mouvement (exprimée en décanewtons). Force de maintien : force nécessaire pour maintenir le mouvement (exprimée en décanewtons). 10 dN : force nécessaire pour soulever une masse de 1 kg
2. Geste technique : action de travail manuel au sens de l’analyse « méthode » d’une tâche
3. Coût cardiaque : CC = FC travail – FC repos
4. Penché visible : corps penché devant-derrière ou latéralement (angle > 15 °)


Le cadre vert doit être appliqué durant les 1 à 3 semaines
qui suivent le retour du salarié lombalgique ou à partir de son épisode aigu si le salarié n’a pas été arrêté. Ces conditions peuvent ensuite être progressivement modifiées.

Les limites retenues dans le cadre vert sont tirées de lois, normes, réglementations, directives européennes, codes de bonne conduite ou recoupement de données concordantes de la littérature. Toutes les contraintes ne sont pas listées. Appliquer les limites du cadre vert doit permettre de prévenir en grande partie les risques non indiqués. De plus, ces omissions sont volontaires car il s’agit de risques difficiles à quantifier (forces au poste de travail, modes de manutention…) ou qui font l’objet de développements longs et complexes dans des revues de la littérature, ou de risques étroitement liés aux caractéristiques individuelles. Le cadre vert est un objectif. C’est aussi un outil de repérage de situations déjà existantes ou facilement adaptables dans l’entreprise pour accueillir un lombalgique.




En savoir plus en quelques clics ...
Documents INRS
"Mal au dos. Osez bouger pour vous soigner". Dépliant. ED 6040, 2008 (format pdf)
Travailler assis ou debout (dossier web)
Vibrations et mal de dos (dossier web)
Vibrations et mal de dos. ED 6018. 2008, 30 p. (format pdf)
LEPRINCE A. ; MEYER J.P. "Les tableaux n° 97 et 98 à la loupe". Travail et sécurité, n° 591, décembre 1999, pp. 24-25 (format pdf)
"Méthode d’analyse des manutentions dans les activités de chantier et du BTP". ED 917. 2003, 62 p. (format pdf)
"Pour améliorer le transport et la livraison des carcasses de viande". Rédigé en collaboration avec la MSA et la CNAMTS. ED 897. 2002, 12 p. (format pdf)
"Méthode d’analyse des manutentions manuelles destinée aux établissements et personnels de soins". ED 862. 2001, 100 p. (format pdf)
DURAND E. ; BAYEUX-DUNGLAS M.C. "Lombalgies et travail : pour une stratégie consensuelle. Paris, 18 janvier 2002". TD 118 . 2002, 8 p. (format pdf)
MEYER J.P. "Lombalgie et ceinture lombaire. Revue de la littérature". TC 79. 2000, 14 p. (format pdf)
FERREIRA M. "Manutention manuelle". Aide-mémoire juridique. TJ 18. 1999, 20 p. (format pdf)
"Dossier. Maladies professionnelles : les lombalgies". Travail et sécurité, n° 591, décembre 1999, pp. 18-45. (format pdf)
"Le mal de dos : la prévention". Bande dessinée. Prévenir les risques du métier, n° 159, 1999 (format pdf)


Affiches INRS
"Organiser pour mieux se porter".
"Ayez un bon mouvement pour votre dos".
"Portez-vous mieux en portant bien".
"Attention à la colonne".
"Non. Oui (Manutention)".


Autres sources en français
Clinique des lombalgies interdisciplinaire en première ligne (CLIP)". Guide pratique. Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. 2006, 43 p. (fichier pdf)
http://www.santepub-mtl.qc.ca/Publication/pdftravail/CLIPLombalgiesGuide2006.pdf
"Lombalgie au travail. Un guide pour l’employeur et les partenaires sociaux". Direction générale Harmonisation du travail. Ministère de l’Emploi (Belgique). 2008, 20 p. (fichier pdf)
http://www.emploi.belgique.be/WorkArea/showcontent.aspx?id=20132
"Lombalgies en milieu professionnel. Quels facteurs de risques et quelle prévention ?". Expertise collective. Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 2000, 150 p.
http://disc.vjf.inserm.fr/BASIS/elgis/fqmr/rapp/DDD/742.html


Autre source en anglais
MAIN C.J. ; WILLIAMS A.C. "ABC of psychological medicine. Musculoskeletal pain". British Medical Journal, vol. 325, septembre 2002, pp. 534-537.
http://bmj.com/cgi/content/full/325/7363/534